Basket : Fabien Causeur, fraîchement retraité, revient sur les moments décisifs qui ont transformé son parcours au Real Madrid

Fabien Causeur, arrière breton devenu légende du Real Madrid, vient de prendre sa retraite à 38 ans après une ultime saison peu convaincante à Milan. Cet enfant de Plouzané n’imaginait jamais évoluer en catégories jeunes, et pourtant il s’impose comme l’une des figures les plus méconnues du sport français. Installé dans un quartier cossu de Madrid, il contemple une carrière exemplaire marquée par 486 rencontres avec le géant espagnol et 14 trophées collectés entre 2017 et 2024.
Le contraste entre sa notoriété sur ses deux continents le fait rire. À Madrid, les passants le reconnaissent constamment dans la rue, alors qu’en Bretagne ses parents sont bien plus célèbres que lui. Formé au Havre puis rejeté par le centre du Mans pour un poste occupé, il remporte le titre en 2010 avec Cholet. Sa relation compliquée avec l’équipe de France, où il n’occupe qu’un rôle minimaliste malgré 30 sélections et deux grands rendez-vous (Mondial 2010 et Jeux 2012), explique son relative discrétion auprès du grand public hexagonal.
C’est à l’étranger que Causeur construit véritablement sa légende, d’abord à Vitoria de 2012 à 2016. Une insuffisance rénale découverte fin 2013 aurait pu terminer sa carrière prématurément. À 26 ans, le diagnostic lors d’une demande de crédit immobilier le terrifie. Le club lui conseille d’abandonner. Cependant, des consultations supplémentaires relativisant le problème et des ajustements alimentaires lui permettent de poursuivre. Sans anti-inflammatoires depuis cette date, il doit endurer certains matches souffrants, mais sa détermination prime.
Au Real, Causeur devient une pièce maîtresse versatile, couteau suisse indispensable aux côtés de vedettes offensives comme Rudy Fernández, Sergio Llull et Sergio Rodríguez. Ses deux Final Four décisives surviennent en 2018 et 2023 : il inscrit 17 points en finale 2018 contre Fenerbahçe et 11 contre l’Olympiakos en 2023, verrouillant Kostas Sloukas lors des possessions décisives. Les réseaux sociaux l’immortalisent en créant un calendrier où son visage remplace celui de Michael Jordan durant les mois de mai et juin, générant des mèmes qu’il apprécie.
Durant le Final Four 2018, Causeur partage sa chambre avec un jeune Luka Doncic, 17 ans à peine. Le prodige fait la sieste avant les grands matches tandis que Causeur souffre d’insomnie. Malgré son immaturité hors terrain (jeux vidéo, pistolets à billes), Doncic affiche une maturité surhumaine en compétition, imperméable à la pression. Causeur observe ce phénomène rare, comparable seulement à Victor Wembanyama par son exceptionnalité précoce.
Le moment où Causeur bascule de vedette à icône survient lors de la finale de Liga 2022. À 35 ans, il livre son meilleur basket en arrachant le titre face à Barcelone. Après un tir à trois points décisif, il exécute un geste de guillotine dramatique. Le commentateur crie «Monsieur Guillotin» tandis que les médias le surnomment «Robespierre Merengue». Ce moment galvanise les supporters qui en font des t-shirts et des tifos.
Pressenti pour quitter le club madrilène, Causeur rédige finalement sa propre histoire. Son geste brutal devient mythique, propulsant sa signature de deux nouvelles années. Même les fans barcelonais lui ressortiront cette guillotine lors des défaites ultérieures. Causeur reconnaît le caractère radical du geste, mais son authenticité en fait sa force. Un enfant qui doutait de ses possibilités devient légende du plus grand club du monde.



