Philippe Legros, responsable du routage à terre de Sodebo au Trophée Jules-Verne, estime que l’équipage pourrait battre le record s’il traverse sans dommages la tempête en cours

L’équipage de Thomas Coville bénéficie d’une avance confortable de vingt heures et quarante-neuf minutes à l’équateur lundi. Cette position favorable lui permet d’envisager sérieusement de battre le record mondial du tour du monde établi par Francis Joyon en 2017. Cependant, les derniers jours de la course seront semés d’embûches météorologiques majeures avant l’arrivée prévue au large d’Ouessant le week-end prochain.
La remontée de l’Atlantique nord présente des défis particuliers cette année. Un anticyclone aux Açores anormalement puissant refuse sa position habituelle et s’étend vers l’ouest, créant une zone dépourvue de vent très étendue. Cette configuration oblige l’équipage à contourner cet obstacle par l’est en naviguant au près plutôt que par la route traditionnelle au portant. Les deux premiers jours avant mercredi verront le bateau progresser au près dans des alizés est-nord-est dépassant les vingt-cinq nœuds.
Après cette phase, une transition rapide s’opérera vers une dépression d’ouest majeure couvrant presque la moitié de l’océan. La tempête frappera vendredi entre quatre et cinq heures du matin et persistera pendant vingt-quatre heures sans possibilité de contournement. L’ampleur du système météorologique rend tout détour impensable. Les prévisions actuelles annoncent des vents autour de quarante nœuds avec des rafales atteignant cinquante nœuds, associés à une mer forte aux creux de sept à huit mètres.
L’usure accumulée par le bateau après un tour du monde complet préoccupe l’équipe terre. Chaque problème mineur risque de devenir critique dans ces conditions extrêmes. La préparation du navire demande une vigilance maximale: arrimer tout objet sur le pont, renforcer les fixations susceptibles d’être arrachées par les vagues, et trouver les réglages optimaux permettant au bateau d’avancer sans souffrir davantage. L’équipage doit augmenter considérablement sa concentration face à ces épreuves finales.
Le défi reste surmontable malgré les obstacles. L’équipe anticipe une arrivée entre samedi soir et dimanche matin, avant la limite fixée pour battre le record. Une petite marge de manœuvre devrait leur permettre d’ajuster leur approche face à la tempête. Cette dernière semaine représente néanmoins la période la plus critique et la plus tendue de tout le Trophée Jules-Verne pour l’équipage de Sodebo.



