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Anabelle Berthelemot, sommelière passionnée de boxe thaï, confie ses défis quotidiens entre deux mondes apparemment incompatibles et passionnants à la fois

Annabelle Chesnu

Une rencontre fortuite entre photographe et boxeuse-sommelière a donné naissance à un projet artistique captivant. Julie Mitchell, formée aux beaux-arts en Écosse et à Bordeaux, découvre Anabelle Berthelemot lors d’un tournoi de boxe thaï un dimanche de 2022 dans un gymnase parisien. Elle est immédiatement fascinée par l’intensité et le mystère émanant de cette athlète aux tresses rousses.

Anabelle Berthelemot incarne une dualité remarquable dans son quotidien. Le jour, elle exerce le métier de sommelière dans un restaurant japonais parisien prestigieux. À ses heures libres, elle s’entraîne intensément à la boxe thaï, un sport qui demande concentration absolue et dévouement total. Cette jeune femme née en 1996 navigue entre deux univers apparemment opposés avec une aisance naturelle.

Après trois jours de recherche en ligne, Julie Mitchell parvient à établir le contact avec Anabelle. Elles se découvrent une complicité immédiate et partagent une même année de naissance. Julie est séduite par l’énergie débordante et l’approche artistique singulière de son interlocutrice. Anabelle, de son côté, apprécie l’sensibilité créative de la photographe et accepte de devenir son sujet.

Entre 2023 et 2025, Julie immortalise Anabelle à travers son appareil photographique en argentique. Le projet s’intitule Baume du Tigre, référence poétique au baume utilisé par les boxeurs thaïlandais. Les séances de prise de vue se déroulent dans des lieux chargés de symbolique : la salle d’entraînement où les miroirs multiplient les images, et le restaurant où la jeune femme déploie ses talents de sommelière avec élégance.

Julie Mitchell opte pour une approche authentique et reportage plutôt que de composer une mise en scène. Elle refuse de diriger les postures d’Anabelle et préfère la capturer dans ses moments naturels, laissant l’actrice libre de ses mouvements. Cette philosophie photographique permet à la photographe de révéler non seulement la force athlétique, mais aussi la vulnérabilité et la complexité émotionnelle de son modèle.

L’argentique impose ses contraintes et ses délais d’attente. Julie découvre ses images plusieurs jours après la prise de vue, quand le laboratoire livre ses pellicules développées. Cette attente crée une forme de magie : voir comment ses images apparaissent finalement, avec leurs couleurs et leurs lumières particulières, demeure une expérience profondément émouvante pour l’artiste.

La colorimétrie typique de l’argentique crée une atmosphère vaporeuse qui transforme les clichés. Les lumières diffuses et le grain caractéristique du medium adoucissent les scènes tout en renforçant l’intensité émotionnelle d’Anabelle, qu’elle soit en train de frapper un sac ou de scruter sa liste de vins avec concentration.

Anabelle reconnaît en elle-même la persévérance et la force que dégage la série photographique. Les images révèlent comment la boxe lui a permis de surmonter ses peurs et de se construire une assurance nouvelle. Paradoxalement, les photographies au restaurant montrent une facette plus apaisée de sa personnalité, une dimension plus douce qu’elle ne dévoile habituellement.

Elle projette volontiers une image de femme austère et fermée, mais reconnaît aussi sa capacité à rire spontanément et à basculer entre exigence envers elle-même et bienveillance. Cette dualité des émotions transparaît dans chaque cliché capté par Julie Mitchell au fil de leurs séances.

Anabelle refuse de renoncer à l’entraînement malgré un emploi du temps surchargé. La boxe représente pour elle un moment essentiel où elle coupe complètement de toute pensée relative à son travail. Elle plaisante en disant que si son esprit divague vers les questions oenologiques pendant les entraînements, elle se prend immanquablement un coup.

Sa condition physique exceptionnelle lui confère une présence imposante au restaurant. Elle incarne la figure du soldat sommelière : droite, convaincante, capable de persuader des clients exigeants tout en maintenant distinction et séduction. Elle se maquille et s’habille avec soin pour ce rôle qui demande autorité et charisme.

Comme le souligne Julie Mitchell, Anabelle passe littéralement d’un ring à l’autre entre son travail en salle et ses combats. Cette transition permanente entre deux mondes opposés constitue précisément ce qui fascine l’artiste et justifie son projet photographique.

La série Baume du Tigre a été exposée à la galerie Slika à Paris, permettant au public de découvrir cette exploration visuelle d’une personnalité complexe. Le projet fusionne force brute et douceur poétique à travers le langage de l’image argentique, créant une narration visuelle unique sur la dualité humaine et l’engagement personnel.

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