La politique imprévisible de Donald Trump pourrait influencer significativement l’organisation du prochain Mondial de football

Donald Trump domine le paysage politique américain de manière incontournable. Sa présence omniprésente colonise tous les espaces médiatiques et publics. Cette stratégie, qualifiée de « flood the zone » par son ancien conseiller Steve Bannon, consiste à inonder littéralement la zone d’informations et d’annonces.
Au début janvier, depuis sa résidence floridienne de Mar-a-Lago, le magnat américain a suivi les développements vénézuéliens avec le détachement d’un spectateur regardant un film d’action. Quelques jours plus tard, à bord d’Air Force One, il a menacé directement le leader colombien Gustavo Petro d’accusations graves et personnelles.
De retour à la Maison Blanche, ses déclarations se succèdent sans interruption. Il revendique une mainmise totale sur le Groenland, critiques les alliés européens, puis annonce le retrait américain de soixante-six organisations internationales. Interrogé par la presse, il affirme que seule sa moralité personnelle limite son autorité, rejetant catégoriquement les normes du droit international.
Entre ces interventions internationales constantes, Trump gère un pays, joue au golf régulièrement et se prépare pour un événement majeur. La Coupe du monde arrive en juin aux États-Unis, Mexico et Canada. Avec cinq mois devant lui, ce calendrier risque de passer rapidement pour un président aussi actif.
Son implication dans cette compétition footballistique dépasse celle des présidents précédents. Inspiré par son fils Barron, fan d’Arsenal, Trump a participé activement à la candidature américaine dès le départ. Il dirige désormais une « Task Force » dédiée au tournoi, avec Andrew Giuliani assurant la gestion quotidienne. Cette structure de gouvernance surpasse nettement le niveau d’engagement du président Bill Clinton en 1994.
Selon Alan Rothenberg, qui organisait le Mondial il y a trente ans, Clinton intervenait publiquement mais sans diriger les opérations. « Il a fait tout ce qu’on lui avait demandé », se souvient Rothenberg. Trump adopte une approche radicalement différente, visant à démontrer la supériorité américaine lors de ce tournoi.
L’infrastructure accueillant le événement est impressionnante. Quarante-neuf camps de base, soixante-dix-huit matchs prévus, onze villes hôtes et cinq millions de spectateurs attendus constituent un défi logistique énorme. Le record de 1994 avec 3,5 millions de spectateurs sera certainement dépassé. Les stades américains, déjà testés lors d’événements majeurs, peuvent accueillir les rencontres sans modifications structurelles majeures.
Plusieurs villes aménagent des fan zones géantes. Seattle prévoit trente écrans de hauteur considérable en centre-ville. Les maires cherchent des sponsors pour financer ces installations. Cependant, certaines fan zones seront payantes, une première pour la Coupe du monde, créant des obstacles financiers pour les supporters modestes.
Trump a envisagé de délocaliser certains matchs s’il détecte des problèmes potentiels. Il a cité Boston, Los Angeles et Seattle, critiquant notamment sa « maire communiste ». Seule la FIFA peut approuver de tels changements. Le président américain cultive régulièrement l’incertitude pour renforcer son pouvoir de négociation.
La plupart des villes hôtes ont des maires démocrates, excepté Dallas. Cette configuration politique pourrait compliquer la coopération nécessaire entre niveaux de gouvernement. Néanmoins, le tournoi a jusqu’à présent échappé aux hostilités partisanes, Trump recherchant la Coupe du monde historiquement la plus réussie.
Mais cette ambition s’accompagne de contrôles migratoires renforcés. L’administration Trump a étendu sa liste de pays soumis à des restrictions de voyage. Environ quarante nations sont affectées, dont quatre qualifiées : l’Iran, le Sénégal, Haïti et la Côte d’Ivoire. Le gouvernement justifie ces mesures par des statistiques sur les dépassements de visa.
Une promesse fondamentale de la candidature de 2018 n’a pas été respectée. Le document garantissait l’accès sans discrimination à tous les athlètes, arbitres et supporters admissibles. Trump envisage maintenant d’exiger l’historique des réseaux sociaux des cinq dernières années pour chaque visiteur. Human Rights Watch dénonce cette demande comme violant la liberté d’expression fondamentale.
La superstar Porto Ricaine Bad Bunny a annulé sa tournée américaine en raison de ces craintes. L’agence ICE, responsable des expulsions des migrants sans papiers, pourrait opérer aux abords des stades et fan zones. « Le président n’exclut rien pour garantir la sécurité », a déclaré Andrew Giuliani. Cette rhétorique sécuritaire risque de détourner de la fête sportive.
Un sénateur démocrate du Maryland a exprimé son inquiétude. « Nous avons un président qui représente tout ce que la Coupe du monde n’est pas », a dénoncé Chris Van Hollen. La Coupe doit symboliser l’union par le sport, pas les divisions politiques.
Les tensions se cristallisent autour de ces enjeux migratoires. Une opération d’ICE à Minneapolis a tiré sur une citoyenne américaine le 7 janvier, la tuant. L’administration a rapidement parlé de terrorisme intérieur. Le vice-président J.D. Vance a critiqué les médias pour leur couverture de l’incident, selon la rhétorique habituelle de cette administration.
Trump utilise régulièrement le terme « fake news » et désigne les médias comme « ennemis du peuple ». Sa Maison Blanche a récemment lancé un site réécrivant l’histoire de l’assaut au Capitole du 6 janvier 2021. Cette capacité à imposer une narration alternative divise profondément la population.
Des millions d’Américains soutiennent fermement cette approche. Soixante-deux millions ont voté pour lui en 2016, soixante-quatorze en 2020 et soixante-dix-sept en 2024. Gianni Infantino reconnaît que Trump « dit ce que beaucoup pensent mais n’osent pas dire », ce qui explique son attrait politique.
La polarisation actuelle infecte chaque débat public. Les réactions aux événements récents illustrent comment chaque incident pousse les Américains à choisir un camp. Trump personnifie ces divisions plutôt que de les atténuer.
L’été prochain réunira les meilleures équipes mondiales sur les pelouses de Miami, Kansas City et Philadelphie. Pendant quelques semaines, Messi, Mbappé et d’autres talents domineront l’attention. Le ballon rond pourrait temporairement éclipser les tensions politiques américaines.



