Football

Face au Cameroun, le Maroc se confronte au souvenir amer d’un quart de finale historique

Esteban Ortega

Le Maroc organise actuellement sa deuxième Coupe d’Afrique des Nations. Lors de la première édition qu’il accueillit, en 1988, l’équipe nationale avait été éliminée en demi-finales par le Cameroun sur le score de 1-0. Ce match reste gravé dans les mémoires en raison d’un incident dramatique impliquant le défenseur Hassan Mouahid, qui avait quitté le terrain sur une civière.

Depuis que le Cameroun et le Maroc se sont qualifiés pour les quarts de finale, le spectre de cet affrontement passé hante les esprits. Les supporters marocains redoutent viscéralement une nouvelle confrontation avec l’équipe camerounaise. Un jeune fan a d’ailleurs abordé Claude Le Roy, ancien sélectionneur camerounais, pour exprimer combien cet événement avait marqué sa famille. Le traumatisme s’est transmis de génération en génération à Casablanca.

La confiance marocaine d’avant le match de 1988 s’était construite sur un match nul contre le Kenya. Cependant, Joseph-Antoine Bell, gardien camerounais de l’époque, avait observé avec attention les promesses de victoire que les joueurs marocains avaient publiquement faites au roi. Ces déclarations trop audacieuses augmentaient la pression sur les épaules des Lions de l’Atlas. Les défenseurs camerounais imposaient une présence physique impressionnante, notamment Tataw et Kundé, formant une muraille quasi infranchissable.

À la neuvième minute, André Kana-Biyik a porté un coup de tête violent à Hassan Mouahid après une altercation durant un coup franc. Sans système de vidéo-arbitrage à cette époque, l’incident n’a entraîné aucune sanction. Mouahid s’est effondré, la cloison nasale fracturée, et a dû être évacué sur civière. Cette blessure a profondément perturbé l’équipe marocaine et son moral dans les vestiaires.

À la mi-temps, une rumeur catastrophique a circulé parmi les joueurs marocains : on leur aurait annoncé que Mouahid était décédé. Mustapha el-Haddaoui, alors joueur des Lions de l’Atlas, se souvient de cet instant de panique absolue. Cette information erronée a paralysé mentalement l’équipe pour la deuxième période. Après le coup final, l’ambiance en dehors du stade était extrêmement tendue, avec uniquement la police présente.

Cyril Makanaky a marqué le seul but du match en deuxi­ème période sur une frappe déviée. El-Haddaoui a eu une ultime opportunité à angle fermé, mais son tir était trop croisé pour tromper le gardien camerounais. Joseph-Antoine Bell et André Kana-Biyik sont devenus les personnages les plus détestés de ce match, portant le poids de ce souvenir douloureux pour les Marocains.

Heureusement, Mouahid n’était pas mort. Merry Krimau, autre joueur marocain, s’était précipité à la clinique dès son retour à domicile, terrifié par la nouvelle entendue. Bell a raconté que l’équipe camerounaise était restée bloquée trois heures dans le vestiaire. À la sortie du stade, les blindés accueillaient les Camerounais dans un climat surchauffé et lourd d’hostilité.

Claude Le Roy avait appris le faux décès une fois à l’hôtel et en avait été profondément affecté. Quelques minutes plus tard, un journaliste lui a annoncé que la nouvelle était finalement inexacte. Le lendemain, Le Roy a constaté que malgré cette fausse alerte, les habitants gardaient un souvenir vivant de cet événement. Aujourd’hui, le Maroc espère enfin tourner la page de ce cauchemar mémorable.

Pour Krimau et ses compatriotes, les jeunes générations représentent une chance de vengeance et d’oubli. Les conditions actuelles diffèrent considérablement : le football a évolu, la technologie du VAR existe désormais. Ces avancées pourraient permettre aux Marocains de conjurer les démons du passé et de réécrire l’histoire face au Cameroun.

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