Les défis stratégiques de McLaren face à Verstappen, avec l’obligation de préserver l’équité entre Norris et Piastri

Depuis le retour menaçant de Max Verstappen, la question revient avec insistance : McLaren doit-il favoriser son pilote le mieux classé au championnat ? La situation a basculé en trois mois. Autrefois, Oscar Piastri dominait avec 33 points d’avance sur Lando Norris et 104 sur Verstappen. Aujourd’hui, Norris mène avec 24 points d’avance, mais ses deux rivaux sont à égalité derrière lui.
La réponse de McLaren reste invariablement non. Piastri a confirmé jeudi : il demeure à égalité avec Verstappen et conserve ses chances de titre. Andrea Stella, le directeur de l’équipe, détaille la philosophie : aucun changement d’approche tant que les mathématiques laissent une possibilité aux deux pilotes de remporter le titre. Les règles d’égalité des chances demeurent inchangées depuis le début de la saison.
Verstappen n’a pas hésité à donner son avis sur le sujet. Interrogé sur sa réaction si on lui demandait d’aider son équipe au détriment de sa course, il a répondu avec son directesse habituelle : il aurait refusé catégoriquement. Cet échange révèle les tensions inhérentes à cette approche neutre face à la concurrence accrue.
McLaren affiche une cohérence remarquable dans sa philosophie d’égalité. Zak Brown, directeur général de l’écurie, exprimait cette conviction un mois plus tôt : préférer deux pilotes à égalité à un seul champion imposé. Il refuse de dire à un rêveur qu’il n’aura pas sa chance en raison d’un tirage au sort interne. Cette position s’enracine dans les leçons de 2007, quand Hamilton et Alonso se sont entredéchirés chez McLaren.
Romain Grosjean, consultant, observe que changer brutalement de stratégie aurait semblé illogique. Après avoir maintenu l’égalité toute la saison, opérer un revirement soudain manquerait de cohérence. Les circonstances extérieures pourraient néanmoins imposer des ajustements au fil du temps, selon Cyril Abiteboul, ancien patron de Renault. Les équipes doivent adapter leur doctrine aux réalités changeantes de la compétition.
Favoriser un pilote comporte lui aussi des risques majeurs. Une panne mécanique chez Norris compromettrait le titre si Piastri avait été placé en position difficile pour le soutenir, note Grosjean. Abiteboul souligne que Verstappen subira une pression croissante, alors qu’il pouvait précédemment rouler sans contraintes. La dynamique psychologique de la lutte change quand tout se resserre.
Des interventions subtiles restent possibles sans ordres directs d’équipe. McLaren pourrait optimiser les arrêts aux stands, affiner la stratégie ou utiliser un pilote pour bloquer les adversaires, comme Red Bull l’a fait en 2021. Grosjean imagine des évolutions progressives selon les performances en qualification : si Piastri n’égale pas le rythme de Norris lors des dernières courses, la priorisation pourrait devenir inévitable.
Abiteboul rappelle l’absence de solution parfaite. Favoriser un pilote dès le départ aurait suscité des critiques ; ne pas le faire génère les mêmes reproches. La meilleure issue pour McLaren reste, selon Grosjean, simplement rouler plus vite que Red Bull et résoudre le problème par la performance plutôt que par les tactiques d’équipe complexes.



